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   Editorial

Et bien, c'est simple : l'idée est que nous ne pouvons plus accepter de nous laisser tyranniser par la politique du négativisme tous azimuts qui fait que l'on ne nous parle que de ce qui va mal, alors que partout dans le monde et à tout instant, des milliers de gestes, de paroles, de décisions, d'évènements, d'hommes sont porteurs de positif, d'espoir, de générosité, de progrès, d'humanité. Il est grand temps de se bouger : à nous de les chercher, de les débusquer, d'y prêter attention, et surtout d'en parler autour de nous.

Nous ne sommes pas programmés pour désespérer de tout. Nous sommes aussi capables du meilleur.

Mettons en route la spirale du "mieux sur terre" pour en finir avec la spirale infernale du négativisme et tous ensemble nous en sortirons vainqueurs, plus humains et  plus heureux encore !!!

Isabelle, une terrienne

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9 juin 2011 4 09 /06 /juin /2011 15:14

                                   MONTRONS QUE NOUS SOMMES DEBOUT !

 

C'est le discours prononcé le 8 mai dernier, par  Javier Sicilia,  poète mexicain dont le fils a été assassiné le 28 Mars. Depuis ce jour, Javier Sicilia est devenu, sans le vouloir , le porte-parole de la société civile et  son discours devant des milliers de manifestants, restera une grande leçon de démocratie. En voici des extraits :

 

 

          "Nous sommes arrivés à pied, comme nos ancêtres, jusqu’à ce lieu où ils ont vu pour la première fois le lac, l’aigle, le serpent, le nopal et la pierre, ces emblèmes qui fondèrent la nation et qui accompagnèrent les peuples du Mexique tout au long des siècles. Nous sommes arrivés sur cette place où un jour vécut Tenochtitlán - cette place où l’Etat et l’Eglise se sont installés sur les fondements d’un passé riche en enseignements et où les chemins se rencontrent et bifurquent. Nous sommes arrivés ici pour redonner une visibilité aux racines de notre nation, pour que sa nudité, qui accompagne la nudité de la parole, c’est-à-dire le silence, et la douloureuse nudité de nos morts, nous aide à éclairer le chemin.

 

          "Si nous sommes arrivés ainsi, à pied et en silence, c’est parce que notre douleur est si intense et profonde, et que l’horreur qui l'a fait naître est si grande qu’il n’y a plus de mots pour la dire. C’est aussi parce qu’à travers ce silence, nous nous disons et nous disons aux responsables de la sécurité de ce pays que nous ne voulons pas un mort de plus, pas plus que de cette confusion croissante qui nous asphyxie, comme ils ont asphyxié le souffle et la vie de mon fils Juan Francisco, mais aussi de Luis Antonio, de Julio Cesar, de Gabo, de María del Socorro, du commandant Jaime et de tant de milliers d’hommes, de femmes, d’enfants et de vieillards assassinés avec un mépris et une bassesse qui appartiennent à des mondes qui ne sont pas et ne seront jamais les nôtres. Nous sommes venus vous dire que cette douleur si vive ne servira à alimenter ni le haine, ni la violence, mais que nous en ferons un levier pour rétablir l’amour, la paix, la justice, la dignité et la démocratie balbutiante que nous sommes en train de perdre. Nous sommes venus vous dire que nous croyons encore possible que la nation renaisse et se relève de ses ruines. Nous sommes venus montrer aux seigneurs de la mort, que nous sommes debout et que nous ne renoncerons pas à défendre la vie de tous les fils et de toutes les filles de ce pays. Nous sommes ici pour affirmer que nous croyons qu’il est  possible de sauver et de reconstruire le tissu social de nos villages, de nos quartiers et de nos villes.

Sans ça, nos jeunes gens, nos jeunes filles, nos enfants recevront pour seul héritage une maison abandonnée, remplie de terreur, d’indolence, de cynisme, de brutalité et de mensonges, règne des seigneurs de la mort, de l’ambition et d’un pouvoir démesuré, complaisant et complice du crime.

 

          "Tous les jours, nous entendons des histoires terribles qui nous blessent et nous questionnent : quand et où avons-nous perdu notre dignité ? Les clairs-obscurs s’entremêlent au fil du temps pour nous rappeler que cette maison où habite l’horreur n’est pas celle de nos pères, et pourtant c'est la leur ; ce n’est pas le Mexique de nos professeurs, et pourtant c'est le leur ; ce n’est pas le Mexique de ceux qui ont donné le meilleur de leur vie pour construire un pays plus juste et démocratique, et pourtant c'est le leur […] ; ce n’est pas celui des hommes et des femmes qui chaque jour se lèvent pour aller travailler et, honnêtement gagner leur vie et celle de leur famille, et pourtant c'est le leur ...ce n’est pas le pays des poètes, des musiciens, des peintres, des danseurs, de tous les artistes qui nous révèlent le cœur de l’être humain, nous émeuvent et nous unissent, et pourtant c'est le leur. Notre Mexique, notre maison, est faite de grandeurs, mais aussi de fissures et d’abîmes qui, par négligence, complaisance et complicité, se creusent, nous conduisant à cette épouvantable désolation.

          "Ce sont ces plaies béantes, et non les grandeurs de notre maison, qui nous ont aussi obligés à marcher jusqu’ici, entremêlant notre silence et notre douleur, pour vous dire face à face que vous devez apprendre à regarder et à écouter, que vous devez nommer tous nos morts, assassinés trois fois par la cruauté du crime : privés de vie, criminalisés et enterrés dans des fosses communes dans un silence abominable qui n’est pas celui de la foule d’aujourd’hui ; pour vous dire que par notre présence, nous nommons cette infâme réalité que vous, la classe politique, vous, les pouvoirs qu’on dit factices et vos sinistres monopoles, vous, les dignitaires des pouvoirs économiques et religieux, vous, les gouvernants, et vous, les forces de police, avez niée et continuez de nier. Une réalité que les criminels dans leur démence cherchent à nous imposer, avec la complicité silencieuse de ceux qui détiennent une quelconque forme de pouvoir.

          "Nous voulons affirmer ici que nous n’accepterons pas une élection de plus tant que les partis politiques n’auront pas nettoyé leurs rangs de ceux qui, revêtus du masque de la légalité, sont les complices des criminels, et qui par le jeu de la cooptation maintiennent l’Etat à leur merci, utilisant ses instruments pour saper les espoirs des citoyens. Où donc étaient les partis, les maires, les gouverneurs, les autorités fédérales, l’armée, les Eglises, les Parlements, les hommes d’affaires ; où étions-nous tous, lorsque les chemins et les routes qui conduisent à Tamaulipas [Etat du nord-est du Mexique, ndlr] se sont transformés en pièges mortels pour des hommes et des femmes sans défense, pour nos frères migrants d’Amérique centrale ? Pourquoi nos autorités et les partis ont-ils accepté qu’à Morelos [Etat du centre du Mexique] et dans de nombreux Etats de la République, des gouverneurs publiquement désignés comme complices du crime organisé bénéficient de l’impunité et conservent leurs places dans les partis et parfois même leurs postes dans les gouvernements ? Pourquoi a-t-on  permis au Président de la République et pourquoi celui-ci a-t-il décidé de lancer l’armée dans les rues dans une guerre absurde qui nous a coûté 40 000 victimes et plongé des millions de Mexicains dans la peur et livrés à l’incertitude ? Pourquoi s’est-il agi de faire passer - à l’insu des citoyens - une loi de sécurité alors qu'elle exige aujourd’hui plus que jamais une ample réflexion, une discussion, un consensus citoyen ?

La loi de sécurité nationale ne peut se réduire à une simple affaire militaire. La considérer comme telle est tout simplement absurde. Les citoyens ne peuvent pas continuer à payer le coût de l’inertie et de l’inefficacité d’un Congrès soumis au chantage administratif et au banal calcul politique. Pourquoi les partis renoncent-ils à leur projets,  pourquoi empêchent-ils la réforme politique et bloquent-ils les instruments légaux qui assureraient aux citoyens une représentation digne de ce nom, propre à éviter toutes sortes d'abus ? […]

         

        "Ces cas - il y en a des centaines aussi graves et d’autres pires encore - mettent en évidence que les partis - le PAN (Parti d’action nationale), le PRI (Parti révolutionnaire institutionnel), le PRD (Parti de la révolution démocratique), le PT (Parti du travail), Convergence, le Panal (Parti de la nouvelle alliance), le Parti vert - sont devenus une partitocratie pourvoyeuse des dirigeants de la nation. Les liens avec le crime et les mafias existent dans tous les partis, à travers toute la nation. Sans un véritable nettoyage et sans un engagement politique totalement éthique, alors nous, les citoyens, n’aurons plus d’autre choix aux prochaines élections que de nous demander pour quel cartel et pour quel pouvoir factice nous devons voter. Ne vous rendez-vous pas compte que vous êtes en train de briser et d’humilier ce que nos institutions républicaines ont de plus sacré, en détruisant la volonté populaire qui tant bien que mal vous a menés là où vous êtes ?

          "Les partis politiques affaiblissent nos institutions républicaines, les rendent vulnérables face au crime organisé et soumises devant les grands monopoles ; ils font de l’impunité un modus vivendi et transforment les citoyens en otages de la violence régnante.

         "Face à l’avancée des cartels de la drogue, le pouvoir exécutif part du principe, en accord avec la mal nommée classe politique, qu’il n’y a que deux façons d’affronter cette menace : en l’administrant de manière illégale comme c’était et c’est encore l’habitude dans de nombreux endroits, ou en envoyant l’armée dans les rues comme c’est le cas aujourd’hui. C’est ignorer que la drogue est un phénomène historique, qui, décontextualisé du monde religieux auquel elle servait et soumise maintenant au marché et à la société de consommation, aurait dû et doit être traité comme un problème de sociologie urbaine et de santé publique, et non comme une affaire criminelle qu’on résout par la violence. Car c’est ajouter une souffrance de plus à cette société qui exalte la réussite et pousse à la course au succès, à l’argent et au pouvoir sans se soucier des moyens, ni du prix à payer pour les obtenir. […]

          "A tout cela, qui est déjà terrible en soi, vient s'ajouter la politique nord-américaine. Son marché  de consommation de la drogue, qui pèse des millions de dollars, ses banques et autres sociétés qui blanchissent l’argent sale avec la complicité des nôtres, ainsi que son industrie d'armement qui inonde notre pays - plus mortelle encore que les drogues elles-même - et non seulement favorise la croissance des groupes criminels, mais aussi leur assure une immense capacité à tuer. La politique de sécurité des Etats-Unis est conçue selon une logique qui répond à leurs intérêts fondamentaux et dans laquelle le Mexique s’est trouvé prisonnier.

 

          "Comment restructurer cette réalité qui nous a mis en état d’urgence nationale ? C’est un défi plus que complexe. Mais le Mexique ne peut continuer à éluder cette situation et encore moins à laisser s'aggraver ses divisions internes, ce qui aurait pour effet de rendre presqu'inaudibles les battements de nos coeurs, qui sont les battements de la nation. Pour cela, nous disons ici qu’il est urgent que les citoyens, les gouvernements des trois ordres [exécutif, législatif et judiciaire], les partis politiques, les paysans, les ouvriers, les Indiens, les universitaires, les intellectuels, les artistes, les Eglises, les entrepreneurs, les organisations civiles fassent un pacte, c’est-à-dire prennent un engagement solennel en faveur de la paix, de la justice et de la dignité, qui permette à la nation de renaître de son sol, un pacte dans lequel nous reconnaissons et nous assumons nos diverses responsabilités, un pacte qui permette à nos jeunes gens, à nos jeunes filles et à nos enfants de récupérer leur présent et leur avenir, pour qu’ils cessent d’être les victimes de cette guerre ou de l’armée de réserve de la délinquance.

  

          "Pour cela, il faut que tous les dirigeants et toutes les forces politiques de ce pays se rendent compte qu’ils sont en train de perdre la représentation de la nation qui émane du peuple, c’est-à-dire des citoyens comme nous, qui sommes réunis sur la place du Zócalo de la ville de Mexico et d’autres villes du pays. S’ils ne le font pas et s’entêtent dans leur aveuglement, non seulement les institutions deviendront vides de sens et de dignité, mais les élections de 2012 seront celles de l’ignominie, une ignominie qui rendra plus profonde les fosses communes où, comme à Tamaulipas et à Durango, s’enterre la vie du pays.

 

          "Nous sommes donc à la croisée des chemins. Nous allons devoir faire des choix douloureux, car le tissu par lequel s'exprime l'âme de la nationest défait.Le pacte auquel nous appelons est le fruit de nombreuses propositions de la société civile […] ; ce pacte contient six points fondamentaux qui permettront à la société civile d'effectuer un suivi rigoureux des engagements pris, et en cas de non-respect de ses engagements, de pénaliser les responsables ; ce pacte sera signé [le 10 juin] dans le centre de la ville de Ciudad Juárez - le visage le plus visible de la destruction nationale, en souvenir de chacun de nos morts, dans un esprit de paix et de dignité. 

 

          "Respectons maintenant cinq minutes de silence en mémoire de nos morts, en mémoire de la société cernée par la délinquance et un Etat absent, en signal de l’unité et de la dignité de nos cœurs qui appellent, tous, à reconstruire la nation. Respectons-les ainsi parce que le silence est le lieu du recueillement et du jaillissement de la parole véritable, le lieu profond du sens. Et que ce qui nous réunit au sein de ces souffrances, c’est cette terre intérieure et commune qui n’est la propriété de personne et d’où, si nous savons écouter, peut naître la parole qui nous permettra de dire à nouveau dans la dignité et la paix le nom de notre maison : le Mexique."

 

 Javier Sicilia

 

Traduction Carmen Miranda

 

Le texte intégral en espagnol est publié sur le site de Proceso : www.proceso.com.mx/rv/modHome/ detalleExclusiva/91052

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Published by une terrienne - dans Politique
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commentaires

Etienne 19/06/2011 22:02


Génial ce discours.
sans ton blog, je ne l'aurais jamais connu


une terrienne 21/06/2011 15:37



Oui, je le trouve vraiment génial également . Je suis ravie de te l'avoir fait découvrir. Merci à toi.