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   Editorial

Et bien, c'est simple : l'idée est que nous ne pouvons plus accepter de nous laisser tyranniser par la politique du négativisme tous azimuts qui fait que l'on ne nous parle que de ce qui va mal, alors que partout dans le monde et à tout instant, des milliers de gestes, de paroles, de décisions, d'évènements, d'hommes sont porteurs de positif, d'espoir, de générosité, de progrès, d'humanité. Il est grand temps de se bouger : à nous de les chercher, de les débusquer, d'y prêter attention, et surtout d'en parler autour de nous.

Nous ne sommes pas programmés pour désespérer de tout. Nous sommes aussi capables du meilleur.

Mettons en route la spirale du "mieux sur terre" pour en finir avec la spirale infernale du négativisme et tous ensemble nous en sortirons vainqueurs, plus humains et  plus heureux encore !!!

Isabelle, une terrienne

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20 juin 2011 1 20 /06 /juin /2011 21:25

 

 

         Une semaine après le recul de son parti aux élections, le 7 mai, le père de la cité-Etat a décidé de passer la main. Malgré ses succès, une partie de la population lui en voulait d'avoir sacrifié les valeurs humaines sur l'autel de la réussite économique.

 

       L 'une des plus grandes surprises des élections législatives de 2011 a été le rejet massif, sans équivoque, de la manière de gouverner du Parti de l'action populaire (PAP), qui n'a recueilli "que" 60 % des suffrages.

         Pourtant, personne n'aurait cru que le recul important enregistré par le parti au pouvoir toucherait Lee Kuan Yew, l'un des membres fondateurs du parti, premier Premier ministre de la cité-Etat [1959], puis chef d'Etat de facto malgré son simple rôle de conseiller en tant que "minister mentor". En effet, le 14 mai, la nation a subi un choc retentissant, à savoir sa décision de se retirer du gouvernement.

       C'est un véritable séisme politique. Lee Kuan Yew est sans doute l'unique dirigeant politique au monde dont le nom soit assimilé au pays qu'il a dirigé. Il a même une fois été comparé à l'immense arbre banian, sous la seule ombre duquel peuvent pousser certains jeunes arbres chétifs.


            On éprouve une sensation d'irréel quand on emploie le passé pour évoquer l'influence de Lee Kuan Yew. C'est pourtant ce que nous allons faire dorénavant. Que cela a dû être difficile pour lui de renoncer aux feux de la rampe après des décennies de grande visibilité politique, ici ou à l'étranger ! La politique étant son unique et principale passion, passion à laquelle il a consacré toute son intelligence, on peut mesurer l'étendue de ce sacrifice personnel.

Il s'est forgé une image honorable d'homme politique de conviction, d'une approche toujours logique et rationnelle dans sa façon de résoudre les problèmes, d'écarter tout ce qui se plaçait en travers de son chemin, notamment tout ce qui avait trait au sentimental et à l'émotionnel. Il avait développé un modèle purement quantitatif où tout ce qui comptait était ce qui pouvait se mesurer, se calculer, se réduire à des chiffres ou à du matériel informatique. Tout ce qui

importait était de savoir si les Singapouriens auraient plus ou moins d'enfants, de s'assurer que les gens gardaient les rues propres et que les enfants allaient à l'école pour apprendre leur langue maternelle. Sa façon de diriger était plus axée sur le bâton que sur la carotte.

La plus grande ironie de la fin de la politique de Lee Kuan Yew est que sa conception des choses, si elle est à l'origine de ses exploits, a aussi provoqué sa chute. L'ironie qui en découle, bien sûr, est qu'un tel homme, d'une admirable vivacité d'esprit, d'une capacité d'anticipation et d'une force de caractère remarquables, ne soit pas parvenu à comprendre à temps que son modèle ne concordait plus avec cette nouvelle génération de Singapouriens bénéficiant d'un meilleur niveau d'éducation, mieux informés et plus modernes.

 

        En passant rapidement en revue l'histoire de Singapour, on verra que c'est M. Lee, poussé par la force de ses convictions, qui a sauvé le pays à plusieurs reprises. Il a lutté pour la survie de la cité- Etat dans ce monde instable, imprévisible et souvent hostile. Il a, avec son caractère d'homme fort et impitoyable, réparé les pots cassés des communistes, communautaristes, des syndicats indisciplinés, des étudiants rebelles et des membres des sociétés secrètes qui s'étaient infiltrés parmi la jeunesse singapourienne. Une génération lui aura suffi pour bâtir un environnement où les Singapouriens peuvent maintenant vivre en toute sécurité, gagner dignement leur vie, habiter des appartements subventionnés par l'Etat.

 

 

       Le remarquable développement qu'a connu Singapour sous Lee Kuan Yew, attesté par des indicateurs imparables, comme le nombre de propriétaires, le niveau d'éducation, les avancées technologiques, l'importance des investissements étrangers, et ainsi de suite, est pratiquement sans précédent. Singapour est aussi salué avec enthousiasme par les visiteurs étrangers, qui dès leur arrivée sont impressionnés par la propreté, l'ordre et l'aspect

scintillant de la cité-Etat.

 

 

        Comment alors ce système brillant peut-il être à l'origine de la chute de Lee Kuan Yew aux élections de 2011 ? Avant tout parce que les valeurs humaines n'y avaient pas leur place. La prospérité matérielle que Lee a offerte à Singapour ne suffisait plus à compenser l'absence d'âme que les Singapouriens commençaient à ressentir. Car la peur que son approche autoritaire avait instillée en eux pendant si longtemps, les privant de libertés démocratiques fondamentales comme le droit au débat, aux critiques publiques et à des médias indépendants, avaient fait d'eux de simples rouages dans la machinerie d'une immense entreprise capitaliste. Dès les années 1970 et 1980, les Singapouriens avaient pris conscience de la vérité brutale, celle du coût humain élevé en termes de respect de soi, d'identité et de dignité qu'ils payaient en échange de la prospérité matérielle.

Au fil du temps, il est devenu de plus en plus évident que les responsables, ivres de leurs succès, sûrs d'eux et suivant l'exemple de Lee Kuan Yew, étaient en train de mettre en place un style arrogant, péremptoire et autoritaire, qui n'avait aucune tolérance pour les dissidents politiques. Ces derniers étaient dénigrés publiquement ou, pis, incarcérés pendant des années, ruinés par des procès en diffamation ou contraints à l'exil.

         A la veille des élections de 2011, les dirigeants du PAP ont donné l'impression d'avoir atteint le paroxysme de l'orgueil.

         Ils ont pris des décisions sans aucun souci des besoins et des sensibilités de la population - augmentant les traitements des ministres, ouvrant des casinos luxueux pour attirer les touristes, se livrant à uncharcutage électoral avant le scrutin. La colère de la population n'a éclaté qu'à l'occasion des élections de 2011, pas avant, ce qui s'explique par une convergence de forces qui ont interagi en se consolidant les unes les autres, élan qui leur a donné un impact d'autant plus surprenant.

        Parmi les facteurs déterminants, citons l'avènement d'un électoral plus jeune et plus éduqué, le pouvoir d'Internet et des réseaux sociaux, qui ont ouvert des espaces de débat sur des sujets d'ordinaire censurés, et surtout l'émergence d'une opposition animée d'une vigueur nouvelle, capable d'aligner des candidats valant largement les meilleurs du PAP. Ou peut-être, plus simplement, le peuple s'est-il réveillé un matin en se disant : "Trop, c'est trop !"

Le PAP a été pris au dépourvu.

 

        Bien que son parti ait été disposé à afficher un visage conciliant et à faire des promesses dans l'espoir d'endiguer l'hostilité montante, Lee Kuan Yew n'a, jusqu'au bout, jamais dévié de ses convictions, préférant manifestement démissionner que présenter des excuses. Lee Kuan Yew laisse derrière lui un héritage ambigu, à tel point que ses détracteurs les plus acharnés sont obligés de reconnaître qu'il a beaucoup fait pour Singapour et que ses plus fervents

admirateurs doivent admettre qu'il a, hélas, perdu contact avec la réalité en cours de route. Il a tout du grand héros épique pris dans un tourbillon de forces qui échappent à son contrôle et qui finissent par le détruire, en jouant, paradoxalement, sur un défaut unique et tragique de son tempérament.Seul et désemparé, mais toujours debout, il continue d'impressionner et il est encore capable de lancer à la face du monde : "Je suis moi."

 

Catherine Lim. Temasek Review Emeritus. (extraits) Singapour.

 

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Published by une terrienne - dans Politique
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