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   Editorial

Et bien, c'est simple : l'idée est que nous ne pouvons plus accepter de nous laisser tyranniser par la politique du négativisme tous azimuts qui fait que l'on ne nous parle que de ce qui va mal, alors que partout dans le monde et à tout instant, des milliers de gestes, de paroles, de décisions, d'évènements, d'hommes sont porteurs de positif, d'espoir, de générosité, de progrès, d'humanité. Il est grand temps de se bouger : à nous de les chercher, de les débusquer, d'y prêter attention, et surtout d'en parler autour de nous.

Nous ne sommes pas programmés pour désespérer de tout. Nous sommes aussi capables du meilleur.

Mettons en route la spirale du "mieux sur terre" pour en finir avec la spirale infernale du négativisme et tous ensemble nous en sortirons vainqueurs, plus humains et  plus heureux encore !!!

Isabelle, une terrienne

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23 novembre 2014 7 23 /11 /novembre /2014 18:51
Denis Mukwege, le garde du corps des femmes violées.

Denis Mukwege a remporté mardi le prix Sakharov 2014, décerné par le Parlement européen, qui récompense les figures militantes pour les droits de l'Homme et la liberté d'expression. Depuis quatorze ans, ce gynécologue soigne inlassablement les femmes du Kivu, en République démocratique du Congo. Il répare le corps de celles, qui, violées par des soldats, sont perçues comme autant de territoires à dominer pour gagner la guerre. Portrait.

La province du Kivu, en République démocratique du Congo, l’un des pires endroits au monde pour les femmes. Les conflits se succèdent depuis les années 1990, et pour contrôler les territoires, les groupes armés pulvérisent les corps et les âmes. Les soldats violent les femmes, les mères, les filles, les sœurs. Des exactions qui traumatisent aussi les enfants, humilient les hommes, distillent des poisons. 500 000 Congolaises victimes en seize ans, lit-on dans un vertige. Dans cet enfer sur terre, un ange gardien veille sur les femmes de la région. Un colosse au regard profond et à la voix douce, qui depuis, 14 ans, les recueille et les soigne. Un homme bon, sur lequel les plaies de la guerre se sont abattues. Après avoir reçu le prix de la Fondation Chirac pour la prévention des conflits et pour son engagement auprès des victimes de violences sexuelles en 2013, le Dr Denis Mukwege, gynécologue de 58 ans, a remporté hier le prix Sakharov pour la liberté de l'esprit, attribué l'an passé à Malala. Pourtant, quand il a ouvert l’hôpital de Panzi en 1999, il était loin d’imaginer sa vocation.« Je voulais lutter contre la mortalité maternelle », explique t-il.

Derrière chaque chiffre, il y a avant tout une femme qui a perdu son intégrité physique et psychologique

« Après mes études de médecine à Angers, j’avais décidé de revenir au Congo. En France, je n’avais jamais vu une femme mourir en donnant naissance, alors que chez moi, cela arrivait presque quotidiennement. » Il ouvre d'abord un service de maternité à l'hôpital de Lemera. Mais à cette même époque, le Congo est en guerre. Après s'être réfugié au Kenya, il revient dans le Kivu. « Moi, j’étais médecin, en temps de paix comme en temps de guerre ! J’ai demandé à l’Unicef des tentes et du matériel. » Les tentes sont pillées, alors il réhabilite deux bâtiments, et c’est ainsi que l’hôpital de Panzi sort de terre. Sa première patiente, il s’en souvient comme si c’était hier « Elle m’a bouleversée. Au lieu de faire une césarienne pour donner naissance, j’ai opéré une femme d’une trentaine d’années qui avait des blessures par balles au niveau des cuisses, des plaies multiples à l’appareil génital », se remémore-t-il. Ce n’est qu’après avoir été soignée qu’elle lui avoue avoir été violée et torturée.

« Au début, je pensais que c’était l’acte d’un seul homme, d’un barbare.» Mais quand, quelques mois après l’ouverture de l’hôpital, il a déjà reçu 45 femmes avec des blessures de ce type, il commence à comprendre qu’elles ne sont pas des cas isolés. « Mais je ne savais pas encore que j’étais face à une effroyable épidémie de violence. »

Aujourd’hui, quatorze ans après l’ouverture de l’hôpital, il a soigné plus de 40 000 femmes. Mais le docteur Mukwege n’aime pas trop aligner les chiffres. Comme si cette comptabilité morbide risquait de désincarner une fois encore ces victimes que le viol a déjà déshumanisées.

« Derrière chaque chiffre, il y a avant tout une femme qui a perdu son intégrité physique et psychologique, qui est handicapée, perd ses urines, est rejetée par son mari. Si on peut voir les victimes comme ça, alors on pourra peut-être être poussés vers l’action. »

Le viol comme arme de guerre est bien plus destructeur que les canons, c’est ce que le Dr Mukwege dénonce inlassablement auprès de la communauté internationale.

« Comment perturber davantage un homme que de violer sa fille devant ses yeux ? » Ce combat, il le mène parfois au péril de sa vie. Le 25 octobre 2012, des hommes armés l’attendent à son domicile et il échappe à une attaque, dans laquelle est tué l’un des gardiens de sa maison. Il s’exile quelques mois en Belgique, mais finit par rentrer au Congo. Aujourd’hui, il vit à l’intérieur de son hôpital. Mais le sacerdoce du docteur et de son équipe ne se limite pas aux seules opérations chirurgicales ou soigner les MST. Pour se reconstruire mentalement, elles participent à des activités théâtrales, des ateliers de couture, suivent des cours d'informatique, bénéficient de micro-crédits. Mais surtout, elles reçoivent un soutien psychologique pour parvenir à se reconstruire un avenir, à accepter la naissance de leur enfant, fruit de cet acte barbare ...

La force des femmes est l’une des grandes découvertes de ma vie

Les prix se succèdent et les conférences décrivent les horreurs : les femmes qui arrivent à l'hôpital de Panzi avec le bassin brisé, les soldats qui violent collectivement devant les maris et ouvrent le feu sur le sexe de leur victime. Et pourtant, aucune décision forte n'est prise pour mettre fin à ces massacres qui contribuent aussi à propager le VIH. Une pétition a circulé cet été pour réclamer la création d’un tribunal pénal international pour juger les viols de guerre en RDC. « C’est indispensable ! L’impunité en la matière est intolérable et c’est encore trop souvent le cas. » Il y a quelques mois, douze militaires ont été jugés. Une goutte d’eau ? Un début pour Denis Mukwege, qui, malgré ces déchaînements de haine quotidiens, ne se décourage pas.

Où puise-t-il les ressources pour continuer ? On pense à la foi, sachant qu’il a été élevé par un père pasteur. Mais c’est à la force des femmes qu’il rend hommage. « C’est l’une des grandes découvertes de ma vie », poursuit-il. « J'opère des femmes qui ont été torturées par des hommes, dont les points d'entrée et de sortie des balles sur le corps me laissent encore perplexe. Mais leur première question au réveil concerne toujours les autres, la santé de son entourage. La plupart des victimes deviennent ensuite activistes pour combattre ces violences. C’est une capacité qui m’étonne beaucoup, parce que je les ai vues dans un état de faiblesse extrême. Est-ce que moi, j’aurais cette force ? »

L’engagement doit venir des hommes aussi

L'année dernière, il était l’un des favoris pour recevoir le prix Nobel de la paix. Le comité lui avait finalement préféré l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques. S’il semble trop concerné par l’urgence du réel pour se perdre dans l’aigreur, il glisse quand même : « Si on trace la ligne rouge pour les armes chimiques, pourquoi ne pas le faire pour les violences faites aux femmes ? »

Nous avons tous une mère...Pourquoi ne peut-on pas se mettre à la place de ces femmes ?

Pour expliquer l’immobilisme, il n’accuse pas mais en appelle à notre universalité. « Nous n’avons pas encore fait suffisamment d’efforts pour comprendre ce qu’est un viol pour une femme. Pas un simple rapport sexuel sans consentement, mais un déni de l’humanité de l’autre. C'est comme si on tuait une personne, mais en la laissant en vie. » Il est persuadé que les choses ne bougeront que lorsque la violence sexuelle cessera d’être un combat défendu d’abord par les femmes. « L’engagement doit venir aussi bien des hommes. Quand un homme viole, c’est la faute de toute la société. Des leaders politiques masculins doivent porter ces questions. Il faut atteindre une masse critique, mais elle arrivera ! »

Père de plusieurs filles et d’un fils, il dit avoir fait très attention à enseigner à ce dernier le respect des femmes. Car, à ses yeux, pour éviter que la guerre donne lieu à ces horreurs, il faut qu’en temps de paix, l’éducation ait joué son rôle.

Incessant combattant de la cause de ces femmes, qui n’ont parfois que lui comme allié, une pointe de tristesse affleure dans sa voix. « Ce devrait être une évidence, une question qui pourrait être comprise par tout le monde. Nous avons tous une mère, alors pourquoi ne peut-on pas se mettre à la place de ces femmes ? Pourquoi accepte-t-on qu’elles souffrent ? »

par Gaelle Rollin, pour Le Figaro.

Octobre 2014.

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Published by une terrienne - dans Humanitaire
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commentaires

pivin jacqueline 26/11/2014 06:58

Difficile de cliquer sur "j'aime" pour un article aussi terrible , il faudrait un choix " horreur et compassion".
Mais difficile aussi de croire à "du mieux sur terre " , même en face d' un homme aussi admirable que Denis Mukwege ... Il est une lumière dans d'épaisses ténèbres .