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   Editorial

Et bien, c'est simple : l'idée est que nous ne pouvons plus accepter de nous laisser tyranniser par la politique du négativisme tous azimuts qui fait que l'on ne nous parle que de ce qui va mal, alors que partout dans le monde et à tout instant, des milliers de gestes, de paroles, de décisions, d'évènements, d'hommes sont porteurs de positif, d'espoir, de générosité, de progrès, d'humanité. Il est grand temps de se bouger : à nous de les chercher, de les débusquer, d'y prêter attention, et surtout d'en parler autour de nous.

Nous ne sommes pas programmés pour désespérer de tout. Nous sommes aussi capables du meilleur.

Mettons en route la spirale du "mieux sur terre" pour en finir avec la spirale infernale du négativisme et tous ensemble nous en sortirons vainqueurs, plus humains et  plus heureux encore !!!

Isabelle, une terrienne

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25 mai 2014 7 25 /05 /mai /2014 12:20
L'histoire d'un héros ordinaire, Joel, avocat des riches qui invente des pancartes pour SDF.

Son écriteau « Je pourrais être votre grand-mère » a fait le tour de Paris, changé sa vie et inspiré un court-métrage.

Charles Mouloud et lui ont eu le coup de foudre au premier coup d’oeil. Le même sens de la formule, le même goût des autres.

Merci à lui de nous avoir présenté Joël Catherin, premier d’une série que Rue89 souhaite consacrer à ses « héros ordinaires » que nous espérons longue.

L’avocat parisien sait le poids des mots. Quand je viens chez lui écouter son récit, il bloque sur le terme « héros ». Bon signe. Joël ouvre un dictionnaire :

« – “Démiurge, demi-dieu”... aaaah non, surtout pas.
– “Personnage principal d’une oeuvre de fiction”... oui, c’est vrai.
– “brave, protagoniste”... ça, j’accepte. »

Pour lui, un héros, c’est un personnage comme son oncle, prêtre en Algérie depuis 1969. « Il vit comme les moines de Tibhirine, ceux du film “Des hommes et des dieux” “. Ce regard-là pèse sur lui, le forçant à beaucoup d’humilité.

Un petit film très remarqué

Joël est le ‘héros’ d’un court-métrage de fiction ‘Je pourrais être votre grand-mère’, l’histoire presque vraie de ses pancartes donc. Il en a co-écrit le scénario, a prêté son appart pour le décor, fait jouer les SDF de son quartier, mais n’a pas voulu jouer son propre rôle.

La fiction exagère un brin sur le coté avocat-qui-se-pose-des-questions, le méchant qui devient gentil parce qu’il rencontre la déshéritée en bas de chez lui.

C’est la force du cinéma, c’est ce qui a permis au film d’obtenir de nombreux prix et d’être bientôt diffusé sur France 3. Pour le vrai Joël, héros ordinaire, ce film lui donne une légitimité auprès de ceux ‘qui [le] prenaient pour un mec bizarre avec ses histoires de pancartes pour SDF’. (visionner ci-après)

C’est une nuit de février 2007. Joël vient d’emménager dans le quartier de La Madeleine, à Paris. Ses grands magasins, ses travailleurs pressés, ses logements bourgeois, et ses nombreux SDF.

Il a 38 ans, dort peu et mal, préoccupé par ses affaires d’avocat. Il voit tous les jours, au même endroit, cette femme pauvre et ridée, un fichu bariolé sur la tête. Soudain, un souvenir d’enfance remonte. Sur un bout de carton déchiré, il écrit au feutre noir :

‘Je pourrais être votre grand-mère.’

Il lui donne l’écriteau, apprenant son prénom au passage : Ioana. Comme on voit dans le film, elle ne parle pas un mot de français, mais sourit tout le temps. Sans comprendre, elle pose la pancarte à ses pieds.

Vu les sommes récoltées par Ioana avec ce simple accessoire, d’autres SDF – qui, eux, ne pourraient être la grand-mère de personne – lui réclament la même pancarte. Rançon du succès, se dit-il.

A cette période, Joël vivait une drôle de vie. Lui qui avait choisi ce métier pour "défendre la veuve et l’orphelin", après avoir hésité entre éducateur, journaliste ou publicitaire, était arrivé loin de ses idéaux :

‘Je passais tout mon temps au bureau. Je culpabilisais de gagner beaucoup d’argent, j’avais besoin de rendre.

J’avais envie de ramener Ioana chez moi, mais je ne pouvais pas. Je n’avais pas de temps à lui consacrer, et l’argent n’était pas une solution. Une pancarte, c’est une manière de la ramener dans la grande famille de l’humanité.’

Il admet après coup qu’inconsciemment, cette pancarte était une manière de dire aux passants :

‘Occupez-vous d’elle, moi je n’ai pas le temps. Au moins, ouvrez les yeux.’

‘Parti de rien, arrivé nulle part’

Comme lui a fait remarquer un prêtre, le pauvre dans l’histoire, c’est lui. Comme lui a soufflé un psy, il se réconcilie ainsi avec ses origines paysannes. Car Ioana, comme le père de Joël dans la France des années 60, a vécu l’exode rural. Forcée à quitter la Roumanie après la chute de Ceausescu et la fin des kolkhozes, elle est une exilée comme tant d’autres. Pas une Rom, contrairement à ce que croient beaucoup de passants, une paysanne.

Une frénésie créative s’empare de Joël. Dans son appart de ‘bobo’, il laisse aller son sens de la formule, joue sur les double-sens des mots. Et rebondit sur l’actualité :

  • ‘Parti de rien, arrivé nulle part’
  • ‘1€, Yes you can’
  • ‘Etre humain’
  • ‘FRAGILE’
  • ‘Soldes. Fin de série’
  • ‘Une histoire à coucher dehors’
  • ‘Il faut bien vivre’

Jusqu’à aujourd’hui, il a accumulé plus de deux cents pancartes.

L’avocat des riches devient l’avocat des pauvres

En quelques mois, Joël s’éloigne des affaires et devient un volcan en éruption, obsédé par ce qui devient sa ‘vraie vie’.

A l’automne 2007, il défend les mal-logés de la rue de la Banque, puis il a l’idée d’industrialiser son concept de pancartes en les plastifiant, bien rangées dans un classeur. Tel un VRP, il parcourt la capitale, ses oeuvres sous le bras. Tous les SDF ne lui font pas, de loin, le même accueil que Ioana.

Il tisse avec elle une relation quasi-filiale, apprend quelques mots de roumain, se rend compte comme elle lui manque lorsqu’elle est expulsée en Roumanie et disparaît du paysage pendant trois semaines. En acceptant de jouer son propre rôle dans le film, Ioana devient une ‘actriça’ et l’assume lorsqu’il faut prendre le micro devant le gratin réuni à la première du film.

En 2009, Joël bascule peu à peu d’avocat des riches à avocat des pauvres et se met à écrire le scénario du film avec Bernard Tanguy, son copain réalisateur qui en a eu l’idée. Bernard lui a soufflé qu’il serait bien que d’autres comprennent son parcours :

‘Comment un mec normal’, qui a un boulot sérieux et des costumes à rayures, bascule subitement dans le monde des SDF.”

“Que les gens comprennent que les SDF ne sont pas du mobilier urbain”

Pourtant, Joël n’a pas “basculé” radicalement : il vit toujours dans son appartement. La vie de Ioana n’a pas “basculé” non plus : elle est toujours à la même place qu’avant, au-dessus de la grille de métro, mais elle capte l’attention.

Modeste et géniale, l’histoire de Joël, prolongée par le film, n’éradique pas les sans-abris :“Je veux seulement réveiller chez les passants cette petite part d’humanité qu’ils ont tendance à oublier. Les SDF ne sont pas du mobilier urbain.”

Joël partage désormais ses “Idées de pancartes pour SDF” sur la Toile et multiplie les rencontres dans la vraie vie avec des gens qu’il n’aurait jamais rencontrés sinon. Comme Charles Mouloud.

de Sophie Caillat, pour Le Nouvel Obs/rue 89
Rédaction d'une pancarte pour SDF.

Rédaction d'une pancarte pour SDF.

Court métrage : "Je pourrais être votre grand-mère". Si le son ne marche pas, allez sur http://youtu.be/2zvo1SOCMkk

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Published by une terrienne
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commentaires

Steph 31/05/2014 11:16

Joli le site aussi !!

une terrienne 01/06/2014 13:50

Contente qu'il vous plaise.
Merci bien.
Je transmettrai à l'équipe.

Steph 31/05/2014 11:14

Merci a isabelle !!

une terrienne 01/06/2014 13:49

Je vous en prie, tout le plaisir est pour moi .
Et cet article nous a été envoyé par Etienne. je n'ai fait que le relayer.
Merci anyway.

Steph 31/05/2014 11:14

Ça donne envie d'aller le voir en tous cas !
Merci

une terrienne 01/06/2014 13:48

Vous pouvez visionner le docu à la fin de l'article, après la dernière photo.

Spirine 31/05/2014 06:39

Si cette histoire est intéressante et belle , on en voit vite les limites : comme la publicité, en quelques semaines, par leur généralisation, les slogans vont devenir redondants et ne plus intéresser personne. Le problème restera entier.

une terrienne 01/06/2014 13:47

Une goutte d'eau est une goutte d'eau !
Merci de votre commentaire

pivin jacqueline 25/05/2014 17:41

Modeste et génial ..? Mais c'est surtout génial ! Cela crée un lien immédiat , réel, profond entre le passant et le mendiant . Bravo, l'idée est lumineuse et .. tellement simple, tellement vraie . On ne peut que se rappeler la belle et si émouvante chanson de Brassens qui se conclut par :
" Il s'en fallait de peu mon cher , que cette putain ne fût ta mère ..."

une terrienne 01/06/2014 13:46

Très joli commentaire. merci.